La guerre des minerais en RDC : derrière le mythe du M23, une tragédie nationale
Par Cmd Bissa Kembetia
Depuis plus de vingt ans, l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) est plongé dans une violence chronique qui a causé des millions de morts, de déplacés et de traumatismes profonds. Cette guerre est trop souvent présentée comme une succession de rébellions locales, de conflits communautaires ou de crises internes. Or, cette lecture est non seulement incomplète, mais dangereusement trompeuse.

La réalité est plus claire et plus dérangeante : le conflit à l’Est de la RDC est avant tout une guerre des minerais, structurée, planifiée et instrumentalisée à des fins économiques et géostratégiques.
Le mouvement dit M23 s’inscrit dans cette logique de dissimulation. Il est présenté comme un groupe rebelle congolais doté d’une revendication politique. Pourtant, les faits observables sur le terrain, la récurrence des modes opératoires et la constance des objectifs démontrent autre chose. Le M23 apparaît moins comme une entité autonome que comme un outil, un label, servant à masquer une implication extérieure plus profonde, notamment celle de la Rwanda Defence Force (RDF), avec l’appui de relais locaux motivés par l’appât du gain.
Une guerre économique aux conséquences humaines dramatiques
L’Est de la RDC concentre une part significative des ressources minières stratégiques du monde : coltan, cobalt, or, cassitérite. Ces minerais sont essentiels aux industries technologiques, énergétiques et militaires contemporaines. Leur contrôle représente un enjeu colossal.
La persistance du conflit ne peut être comprise sans prendre en compte cette dimension économique. Il ne s’agit pas d’un chaos incontrôlé, mais d’un système de prédation structuré, où l’insécurité permanente permet l’exploitation illégale, le pillage organisé et l’exportation frauduleuse de ressources au détriment du peuple congolais.
La responsabilité interne : une question taboue mais centrale
Toute analyse honnête doit également aborder un sujet sensible : la complicité de certains acteurs congolais. Qu’il s’agisse de miliciens, de responsables locaux ou de réseaux criminels, la participation de Congolais à la destruction de leur propre pays constitue une blessure morale profonde.
La trahison nationale, quelle qu’en soit la justification invoquée, reste une ligne rouge. Aucune revendication politique ne peut légitimer le fait de servir des intérêts étrangers au prix du sang congolais et de la souveraineté nationale.
Le rappel des valeurs fondamentales
Au cours de ma formation de cadre au National Leadership Institute (NALI) de Kyankwanzi, en Ouganda, une phrase revenait régulièrement dans l’enseignement du responsable de l’idéologie politique de l’époque, feu le Général de division Benon Biraaro :
« Vous pouvez tout faire, mais ne trahissez jamais votre pays ni le drapeau. Ce sont des symboles sacrés qui doivent être défendus jusqu’au sacrifice ultime. »
Cette maxime, d’une simplicité désarmante, pose aujourd’hui une question essentielle : qu’est-ce qui peut pousser un individu à renier sa nation au profit d’intérêts étrangers ?
Pour une prise de conscience nationale et internationale
La paix en RDC ne pourra être durable sans une reconnaissance claire des causes réelles du conflit. Tant que les masques seront entretenus, tant que les responsabilités extérieures seront relativisées et tant que la communauté internationale privilégiera les intérêts économiques au détriment de la justice, la guerre se poursuivra.
Il est temps de rompre avec les récits simplistes. La RDC n’a pas besoin de compassion passagère, mais de vérité, de responsabilité et de courage politique, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières.
L’Histoire retiendra ceux qui ont pillé, ceux qui ont trahi, mais aussi ceux qui ont refusé de se taire.
Cmd Bissa Kembetia
Analyste politique et sécuritaire
Patriote congolais